Libra et mourir, ou vivre et CO2 ?

Ce n'est pas la technologie qui fait la Libra

Que l’on soit adepte de Facebook ou non, il est permis de penser que cette nouvelle monnaie bouscule les habitudes prises dans des salons feutrés du monde de la haute finance, et par ricochet pour nous tous.

Ici la « techno » ne nous intéresse pas. Le fait que la Libra soit une monnaie « crypto » est presque anecdotique. C’est un choix technique, que les promoteurs de la Libra ont retenu parce qu’ils croient à la fois que cette technologie peut participer à instaurer une confiance dans cette nouvelle monnaie, et qu’en même temps elle permettra à terme des coûts de transaction faibles.

Sur ce dernier point, on ne sait pas grand-chose à ce stade, sauf que les coûts d’entretien du système sont évalués à 28 millions de dollars par an. Ils seront payés par les membres l’association qui gèrent la Libra, et qui disposent d'un noeud de validation. Idem, la rémunération, en monnaie fiat ou en Libra, des nœuds de validation n’est pas encore précisée. Ceci est opposé au White Paper très clair du Bitcoin par exemple (les nœuds de validation, sont les mineurs, et ils sont payés pour ce travail en Bitcoin). On comprend seulement que chacun des cent noeuds paye une fois 10 millions de dollars (ce qui permet de collecter 1 milliard en tout) et 280.000 dollars annuellement.

Il parait difficile d'imaginer que le seul placement du milliard de dollars génèrera des intérêts supérieurs au coût d'entretien des 28 millions de dollars. Il faudrait en effet produire un taux d'intérêt annuel de 2.8%, qui reste très élevé pour un placement sans risque. La rémunération des noeuds passe nécessairement par une autre forme de valorisation, et certainement par le partage des données concernant les utilisateurs. Par construction de la Libra, ce sont les données qui ont de la valeur.

Alors, qu’y a t-il de génial dans la Libra ?

D’abord, il faut analyser la Libra sous le même angle que les miles d’Air France. Comme pour les miles d’Air France, c’est une monnaie pour l’instant restreinte à un réseau de partenaire limité (un écosystème), ce qui lui permet de s’affranchir de bien des contraintes réglementaires. L’enjeu juridique est en effet important comme le souligne une analyse de William O’Rorke dans Medium.

Cependant, l’écosystème de la Libra est constitué exclusivement d’entreprises qui sont « digital native », c’est à dire qu’elles n’ont connu que le monde de l’internet. Avec pour conséquence une focalisation extrême sur « l’expérience client » qui doit être la plus fluide possible. Cette obsession « UX », pour reprendre le jargon des « digital native », est redoutable. Tout doit être fait en un seul clic. Le bouton « Facebook Connect » qui permet de s’inscrire sur un site à partir des données que l’on a déjà saisi sur Facebook en est un parfait exemple. Idem quand on compare l’UX compliquée pour acheter son billet de train sur le site de la SNCF, avec celle fluide et claire de Trainline. Force est de constater que l’écosystème Libra dispose d’une grande avance intellectuelle en terme marketing et commercial sur les entreprises du 20ème siècle, qui peinent toujours à s’adapter au monde internet.

Transposé au monde du paiement, cette simplicité d’emploi ne peut que générer un usage massif de la Libra : il y aura tellement d’avantage à payer (sur le même principe que de payer avec une carte American Express génère des miles Air France sur votre compte) en un clic en Libra, et ce sera tellement plus long et pénible de payer en monnaie fiat, que naturellement les utilisateurs vont s’orienter sur cette nouvelle monnaie. Ce qui nous amène au second point de cette innovation fabuleuse.

L’écosystème Libra

L’écosystème Libra, coté clients, c’est une communauté de 2.7 milliards de citoyens. Même quand les gouvernements de l’Europe parviennent à se mettre d’accord, ils ne gèrent « que » 500 millions d’individus, soit 18.5% de la taille de la communauté Facebook !

On peut très facilement anticiper que les services s’enrichiront pour attirer un plus grand nombre de chalands. Par exemple, la Libra, fonctionne sur le même principe que la monnaie WIR qui existe en Suisse depuis 1934. On peut dès lors imaginer que comme la banque WIR, la banque Libra émette des prêts en Libra, garantis par la communauté, pour favoriser l’accès au développement des plus démunis, et répondre ainsi au souhait émis dans son White Paper.

Si 2.7 milliard d’utilisateurs se mettent à utiliser la Libra, ce qui n’est encore jamais arrivé pour une monnaie, il est permis de penser qu’elle devienne une monnaie de référence. Et si cela arrive, tout devient possible, y compris que les monnaies fiat soient indexées sur Libra, et non plus l’inverse comme aujourd’hui ! Si un tel renversement de situation intervient, le pari de Libra sera amplement gagné.

Avec quelle conséquence ?

Via Facebook, tout devient simple, plus besoin de réfléchir. Share with Facebook ! …..Jusqu’à être téléguidés dans nos votes. Vive le partage des "data" ? On voit par là qu’on doit probablement choisir de dire stop à un moment donné.

Pour conserver un peu d’autonomie d’esprit, tout en bénéficiant de la simplicité de ces nouvelles monnaies, ouvrez un Compte CO2 ! Vous bénéficiez de services de paiement ultra simples et pratiques, tout en utilisant une nouvelle monnaie qui contribue à la lutte contre le changement climatique, et à la survie de l’humanité. Joli programme non ?

Découvrir
Cela peut vous intéresser