Qu’est ce que RT 2018 ?

Les réglementations thermiques imposent aux constructions neuves de respecter certaines caractéristiques techniques. Il s’agit en particulier de limiter les consommations d’énergie et de promouvoir les économies d’énergie.  Actuellement c’est la RT 2012 qui est en vigueur, et à partir de 2018 elle sera remplacée par la RT 2018, avec des critères plus exigeants. Une bonne nouvelle à noter, l’apparition de la prise en compte des gaz à effet de serre. En revanche, la notion d’énergie primaire perdure, avec ses aberrations et contradictions pour l’enjeu climatique. Dommage. 

Quelles différences entre RT 2012 et RT 2018 ?

 De façon synthétique, la RT 2012 impose aux constructions neuves, une consommation maximale d’énergie primaire de 50 kWh par m2 par an. Cette valeur de 50 kWh/m2/an est cependant modulée selon la localisation géographique, l'altitude, le type d'usage du bâtiment, la surface moyenne des logements et les émissions de gaz à effet de serre pour le bois énergie et les réseaux de chaleur les moins émetteurs de CO2.

La réglementation impose également une efficacité énergétique du bâti, et des conditions de confort en été sans climatisation.

La RT 2018 émane de la loi sur la transition énergétique, qui souhaite augmenter les exigences de la RT 2012. En particulier, il s’agit de mieux prendre en compte les émissions de CO2, de calculer les consommations d'énergie et de ressources sur l'ensemble du cycle de vie, et enfin, d’inciter à recourir aux énergies renouvelables pour couvrir les besoins des bâtiments. La RT 2018 va ainsi imposer une production d’énergie supérieure à la consommation.

Autrement dit, la consommation d’énergie devra donc être inférieure à 0 kWh d’énergie primaire par m² par an.

Dates d’application des RT 2012 et RT 2018

La RT 2012 est une réglementation applicable à tous les permis de construire déposés à partir du 28 octobre 2011 pour certains bâtiments tertiaire, et habitation en zone ANRU, et à partir du 1er janvier 2013 pour tous les autres bâtiments.

La date d’application de la RT 2018 est 2018 pour tous les bâtiments publics qui devront montrer l’exemple, et 2020 pour toutes les autres constructions (dont les maisons individuelles)

Quelles sont les incohérences de la RT 2018 ?

Il y a potentiellement une très bonne nouvelle dans cette RT 2018, c’est la prise en compte des émissions de CO2, et la mise en place d’un label Energie-Carbone pour ce faire.

Il y a en revanche quelques incohérences qui persistent :

  • Le maintien d’un calcul des « consommations conventionnelles » d’énergie ramené aux énergies primaires. Et pour l’électricité, le coefficient qui permet de passer de l’énergie primaire, à l’énergie secondaire reste égal à 2.58.
  • Le label énergie carbone institutionnalise l’effet rebond
  • Le calcul reste fondé sur des consommations conventionnelles, c’est à dire des consommations « ex-ante », sujettes à l’effet rebond. 

Le texte définitif n’étant pas encore finalisé, espérons que ces incohérences disparaitront. 

Pourquoi le facteur 2.58 pour l’électricité perdure ?

C’est une contradiction majeure de ce nouveau projet de loi RT 2018. D’une part, pour respecter les engagements internationaux de la France en matière de lutte contre le changement climatique, et notamment l’Accord de Paris ratifié le 15 juin 2016, le concept d’énergie primaire n’a pas de sens. Il faut se focaliser sur les émissions de CO2, et uniquement sur les émissions de CO2, et donc supprimer ce concept.

D’autre part, le 2.58 pénalise l’usage de l’électricité dans les bâtiments, pourtant seule énergie très peu émettrice de CO2, et donc ralentit la substitution des équipements fonctionnant aux énergies fossiles au profit des équipements électriques. C’est donc un frein à la transition énergétique, et donc aussi une contradiction à la loi dite de « transition énergétique ».

Pour mémoire, dans la réglementation, il faut 2.58 kWh d’énergie primaire pour récupérer 1 kWh d’énergie finale, quand il faut 1kWh de fioul, pour récupérer 1kWh d’énergie finale avec cette énergie primaire. En conservant le facteur de 2.58, on a intérêt à installer des chaudières au fioul plutôt que des pompes à chaleur ! C’est pire qu’absurde, c’est toxique pour le climat ! C’est contraire à l’Accord de Paris. La RT 2018 va à l’encontre de l’Accord de Paris, c’est incompréhensible, voire illégal !

En France, le « mix énergétique » de la production d’électricité est de 75% d’énergie nucléaire, 15% d’énergie renouvelable (principalement hydraulique), et de 10% d’énergie fossile (principalement pour les périodes de pointes). Compte tenu du rendement de chacune de ces transformations, le rendement moyen pour produire de l’électricité en France est de 43,5% d’énergie primaire.

C’est à dire qu’il faut 2,32 kWh d’énergie primaire pour obtenir 1 kWh d’énergie secondaire. En sachant pour que acheminer l’électricité à votre domicile, il y a un rendement de 95% le coefficient passe de 2,32 à 2,58. C’est ainsi que la conversion énergie primaire en énergie finale impose un coefficient de 2.58 pour l’électricité. Or au delà d’être toxique pour le climat, ce calcul est en plus faux à partir de 2020, date de mise en application de la RT 2018, car le mix énergétique de la France aura changé (au moins 20 % d’énergie renouvelable).

Le nouveau label Energie-Carbone

C’est un nouveau label, expérimental à ce stade, qui entrera en vigueur en 2020, et qui fera partie intégrante de la RT 2018. Cette nouvelle réglementation a un double objectif alliant bâtiments à énergie positive et bâtiments bas carbone.

On ne peut à priori que se réjouir de cette initiative. Il faut en revanche veiller à ce que le texte final reste cohérent avec les objectifs internationaux de la France, et en particulier l’Accord de Paris.

Le label présente pour les ménages un avantage considérable, puisqu’une habitation qui respecte ce label Energie-Carbone, reçoit un bonus de 30% de surface constructible.

Ce qui veut dire que d’un coté on incite les ménages à réduire leur consommation d’énergie par m2, et de l’autre on les incite à construire plus grand. Donc au final, la consommation totale d’énergie du ménage n’a pas diminuée ! C’est exactement la définition de l’effet rebond.

Ce qui est franchement étonnant, c’est que la RT 2018 vise à prendre en compte les émissions de CO2 sur l’ensemble du cycle de vie de l’habitation, donc y compris sur la construction. Comment une loi peut-elle inciter à limiter les émissions de CO2, et en même temps à construire plus grand, c’est à dire à augmenter les émissions de CO2 ?

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